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L'Église catholique et la sexualité


            

            

            Dans le dernier Catéchisme de l'Église catholique, rédigé par le Vatican sous l'autorité du pape Jean-Paul II en 1992, la sexualité est définie de manière très restrictive : elle ne serait constituée que par les actions liées à la procréation, à l'exclusion de tout ce qui serait jeu et recherche du plaisir pour lui-même, ces derniers comportements n'étant même pas laissés à la libre initiative de chacun mais rigoureusement interdits au croyant.

Le raisonnement prend comme point de départ l'exigence de chasteté définie comme " intégration réussie de la sexualité dans la personne " (paragraphe 2337), ce qui est effectivement un projet peu contestable. Le Catéchisme en tire cependant une conclusion curieuse : " la chasteté comporte un apprentissage de la maîtrise de soi " (2339) et le don de sa personne (2346). Donc, " la vertu de chasteté s'épanouit dans l'amitié […] Elle s'exprime notamment dans l'amitié pour le prochain. Développée entre personnes de même sexe ou de sexes différents, l'amitié représente un grand bien pour tous. Elle conduit à la communion spirituelle " (2347). On peut se demander si dire que l'on réfléchit sur la sexualité humaine et conclure que l'idéal en est l'amitié pour le prochain répond sérieusement aux questions proprement sexuelles de la vie individuelle ou conjugale.

D'autres affirmations limitent le sens de la sexualité : elle ne serait " vraiment humaine qu'intégrée dans la relation de personne à personne " (2337), ce qui élimine toute réflexion sur la sexualité des personnes solitaires, isolées, célibataires par choix ou par hasard du sort. Celles-ci n'auraient droit qu'au renoncement total.

Même en couple la sexualité doit être jugulée : " le plaisir sexuel est moralement désordonné quand il est recherché pour lui-même, isolé des finalités de procréation et d'union " (2351). Donc, toute action conjugale qui ne pourrait pas permettre une fécondation (en somme, toute éjaculation ailleurs que dans le vagin, et tout plaisir féminin en dehors de la pénétration vaginale), la masturbation, l'union charnelle entre deux personnes non mariées entre elles, la prostitution sont considérées comme des fautes morales graves. Et les homosexuels n'ont aussi que le renoncement à toute sexualité comme façon de vivre (2352-2359).

Dans le même esprit, si la sexualité conjugale doit se limiter strictement à ce qui vise la procréation, la régulation des naissances interdit la contraception et n'autorise que le recours aux périodes infécondes (2370) ; la polygamie (2387) et l'adultère (2380) sont condamnées, ainsi que le divorce (2382) qui est en totale contradiction avec l'indissolubilité du mariage prônée par Jésus. L'inceste est proscrit par le Catéchisme (alors qu'il est autorisé par la loi française) (2388). La seule forme juridique et publique acceptable pour le couple est " le mariage ", ce qui s'oppose à l'union libre (2390). Les relations préconjugales sont rejetées au nom d'un absolu de l'amour qui ne tolérerait pas " l'essai " (2391).


On voit que la religion catholique a considérablement réduit le champ de la sexualité acceptable, et a transformé en faute morale, en péché, de nombreux comportements que la société laïque considère comme non répréhensibles à partir du moment où les règles fondamentales du pacte social sont respectées : être entre adultes consentants, et tenir compte de la liberté d'autrui.


Il ne s'agit pas de contester à une religion le droit d'émettre des exigences particulières pour le croyant. Il s'agit, pour le croyant comme pour l'incroyant, de comprendre le raisonnement à la base des obligations et des interdits. Il semble clair que les prescriptions relatives à la polygamie, à l'adultère ou au divorce s'appuient sur des paroles explicitement attribuées à Jésus, et ont leur logique. Mais dire que " est intrinsèquement mauvaise toute action qui, soit en prévision de l'acte conjugal, soit dans son déroulement, soit dans le développement de ses conséquences naturelles, se proposerait comme but ou comme moyen de rendre impossible la procréation " (2370), et accepter des rapports pendant la période inféconde, c'est-à-dire accepter un acte (prendre sa température, par exemple) qui est bien réalisé en prévision de l'acte conjugal et qui se propose bien comme but de rendre impossible la procréation, n'est absolument pas logique. De même, qualifier de " naturelles " certaines méthodes, et les accepter comme conformes à la morale, c'est jouer sur les mots : ce qui est naturel, ce sont les variations de la température lors du cycle ; mais la méthode pour constater cette variation n'est pas " naturelle ", et aucune guenon ne se sert d'un thermomètre dans ce but. De plus, rien n'est plus " naturel " à l'homme que de se servir d'outils pour arriver à ses fins, puisque l'on définit l'homme par rapport aux animaux par l'usage d'outils toujours plus perfectionnés : et thermomètre, préservatif, pilule sont des outils créés par le génie humain. On peut noter aussi qu'exiger une seule forme de contrat entre un homme et une femme alors que les États admettent d'autres formes " juridiques et publiques " de liens ne peut concerner que les croyants, et que c'est un abus que d'en faire une règle générale.


Plus fondamentalement, une telle présentation de la sexualité par le Catéchisme passe sous silence certaines de ses composantes incontournables, et justifie à l'avance toutes les exclusions que formulera le texte. Quand un couple veut réfléchir sur sa sexualité, et qu'on lui répond qu'il faut la placer dans le contexte plus général de " l'aptitude à nouer des liens de communion avec autrui ", il peut estimer que l'on ne répond pas à sa  question : être l'amie de son mari ou l'ami de sa femme est une chose, être son partenaire dans la vie sexuelle au quotidien en est une autre. La réponse du Catéchisme joue avec les mots et refuse ce qui est proprement sexuel dans la sexualité, c'est-à-dire la sensualité, l'érotisme. Il la dénature totalement.


En fait la sexualité a de multiples fonctions dans l'espèce humaine, comme l'exercice des autres instincts fondamentaux. Nous ne mangeons pas uniquement pour nous maintenir en vie. Les repas humains ont, à côté de leur fonction nutritive, indéniable, une fonction de sociabilité (recevoir des amis ou des relations professionnelles), une fonction festive (repas d'anniversaire ou de Noël), une fonction ludique (pique nique, barbecue, restaurant chinois), une fonction hiérarchisante (fixant les pouvoirs ; par exemple, au sein de la famille, qui prépare les repas, qui donne à manger, qui sert et qui est servi), une fonction de plaisir (présentation de la table, condiments et épices, sauces, types de cuisson…). Cette multiplicité démontre bien qu'il est absurde de ne donner qu'une seule signification à la mise en œuvre d'une fonction instinctive chez les humains.

Pour la sexualité, nous pouvons dire avec Boris Cyrulnik : " Le sexe possède, chez les animaux comme chez les humains, plusieurs fonctions. Fonction tranquillisante du plaisir ; fonction métaphysique de la pérennisation de soi après la mort ; fonction phylogénétique de la survie de l'espèce ; fonction agressive ; fonction territoriale ; fonction olfactive " (Mémoire de singe et paroles d'homme, Hachette, p.195). La fonction de plaisir, liée à la fonction de jeu, en est un élément essentiel, car l'homme a appris à jouer avec toutes ses fonctions pour en tirer bénéfice : " Il joue avec l'alimentation, avec la boisson, avec la marche, avec le langage, et de très bonne heure il a appris à jouer avec les fonctions sexuelles " (Dr Pierre Janet, préface à Krafft-Ebing, Psychopathia sexualis, Payot, p.4. cf. Textes). Refuser toutes les transformations que notre humanisation (c'est-à-dire notre évolution depuis les mammifères primitifs jusqu'à l'état de primate, puis d'homme) a apportées à notre sexualité, c'est cela qui est bestial, c'est cela qui nous ramène au niveau des bêtes !


L'Encyclopædia Universalis note : " L'être humain a ceci de spécifique que sa sexualité échappe aux contraintes liées à la perpétuation de l'espèce… Dès lors, libre des périodicités monotones et cessant de s'épuiser dans la fonction reproductrice, la sexualité humaine peut s'ouvrir à l'infini du désir, en quête d'une plénitude de sens " (article Sexualité humaine, 922). C'est pourquoi on peut s'interroger sur la pertinence d'une réflexion qui concerne la sexualité et qui néglige totalement de parler du rôle du jeu et du plaisir dans l'équilibre et l'épanouissement humain. À ce sujet le Catéchisme n'offre que l'évocation négative : " les époux ne font rien de mal en recherchant ce plaisir et en en jouissant " (CEC 2362). Nous pouvons nous demander pourquoi ne pas avoir écrit : " les époux font quelque chose de bien " ! Pourtant certains théologiens ont signalé l'importance de la sexualité, en dehors de tout projet reproductif. Martin Le Maistre, recteur de l'Université de Paris à partir de 1464 affirmait déjà en effet : " Je dis que chacun peut être autorisé à jouir de son plaisir, premièrement par pur goût du plaisir et deuxièmement pour échapper au dégoût de l'existence et aux tourments de la mélancolie qui accompagnent le manque de satisfaction des sens. S'il cherche à illuminer la tristesse qui s'installe en cas d'absence de jouissance sexuelle, le rapport conjugal n'est pas coupable ".

Le plaisir sexuel pour illuminer la vie !


Si l'on réfléchit à la sexualité, il ne faut pas en donner par avance une définition partielle, qui occulte certaines de ses composantes. On court alors le risque d'attribuer une importance disproportionnée, et irréaliste, aux éléments retenus.


(Pour un examen des caractéristiques de la sexualité humaine que néglige le Catéchisme, voir Sexualité / Caractéristiques).


Yves Ferroul

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