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Anecdotes historiques sur la masturbation



Moyen Âge :

                   Au Moyen Âge, époque que l’on veut faire passer pour rétrograde, notamment dans le domaine sexuel, de nombreux médecins et théologiens expliquent que la masturbation est un acte naturel. L’évolution de leur corps amène les jeunes filles à la découvrir pour leur plus grand bien physique et psychique :


 « Vers quatorze ans la jeune fille commence à désirer l’acte sexuel, mais, dans ce désir, elle n’émet pas ; plus elle se livre à des frottements manuels, plus elle éprouve d’appétit, de sorte que par une telle pratique l’humeur spermatique est attirée, mais non émise... C’est pourquoi certaines jeunes filles âgées d’environ quatorze ans ne peuvent être satisfaites : si elles ne sont pas pourvues d’un homme, elles imaginent l’acte sexuel et le pénis viril, et en arrivent à se frotter avec les doigts ou avec d’autres instruments jusqu’à ce que, les canaux étant relâchés par l’échauffement, l’humeur spermatique sorte ainsi que la chaleur ; de cette façon elles tempèrent leurs parties génitales et deviennent plus chastes. » Albert le Grand, théologien du XIIIè siècle, De Animalibus, IX, 1, 1, 7.


Héloïse (1101-1164), épouse du philosophe Abélard, devenue religieuse, a une vie tellement exemplaire à la tête de son couvent que Bernard de Clairvaux voudrait lui confier les moniales de son ordre. C’est cette même mère abbesse qui écrit à son mari dont elle est séparée depuis des années cette lettre où elle parle de sa sexualité :


« Ces voluptés chères aux amants que nous avons goûtées ensemble me furent douces et je ne peux ni les détester, ni les chasser de ma mémoire. Où que je me tourne, elles s’imposent à mes yeux avec les désirs qui les accompagnent. Même quand je dors elles ne m’épargnent pas leurs illusions. En pleine solennité de la messe, lorsque la prière doit être plus pure, les représentations obscènes de ces voluptés captivent totalement mon âme si bien que je m’abandonne plus à ces turpitudes qu’à la prière. Alors que je devrais gémir des fautes commises, je soupire plutôt après les plaisirs perdus. Non seulement les actes réalisés, mais aussi les lieux et les moments où je les ai vécus avec toi sont à ce point fixés dans mon esprit que je refais tout avec toi dans les mêmes circonstances, et même dans mon sommeil ils ne me laissent pas en paix. Souvent les pensées de mon cœur peuvent être comprises aux mouvements de mon corps, des mots m’échappent malgré moi… » (Héloïse et Abélard, Lettre IV)

          


Renaissance

                   Les médecins et les théologiens de la Renaissance pensent que l’enfant est conçu par le mélange du sperme masculin et du sperme féminin, liquides émis au moment de l’orgasme. Comme la seule justification du rapport conjugal est l’enfant, il faut que le mari comme l’épouse émettent leur sperme s’ils ont un rapport, sinon cela voudrait dire qu’ils cherchent à éviter d’avoir un enfant, donc qu’ils commettent un péché. Bien sûr les théologiens ne parlent pas de jouissance et d’orgasme obligatoire, mais d’émission de semence, et ils concluent que si les mariés ne font pas tout pour y parvenir, le péché est véniel au moins – pour la plupart d’entre eux –, mortel pour certains.                   

Il y a donc une question que l’on ne peut éluder, étant donné la fréquente rapidité masculine : dans le cas où la femme n’a pas émis de semence lorsque son mari a émis la sienne et se retire, quelle conduite tenir ? Il faut tout tenter pour que l’homme reprenne des forces et recommence la pénétration jusqu’à l’émission féminine, bien sûr. Mais comme cela n’est pas toujours réalisable, que le mari caresse sa femme afin qu’elle obtienne enfin cette émission ; et si cela aussi est inefficace, la femme a le devoir, pour la majorité des théologiens, de se caresser elle-même : et là, pas de doute, elle saura provoquer l’émission.

Donc les moralistes pensent que toute femme sait se caresser efficacement jusqu’au plaisir, et qu’elle doit le faire si elle n’a pas déjà joui autrement lors du rapport conjugal, et ils consignent cela dans leurs écrits au moins jusqu’au XVIIIè s.

Finalement, la focalisation sur la finalité reproductrice de la sexualité humaine a pu pendant longtemps ne pas être en contradiction avec l’épanouissement du plaisir de la femme : pendant quelques siècles des théologiens ont pensé que l’absence d’orgasme de la femme lors d’un rapport était un péché...



XVIIIè siècle

                   Diderot partage les idées scientifiques de son époque sur la nocivité des liquides corporels stagnant trop longtemps à l’intérieur de l’organisme, car ils pourrissent (comme toute eau stagnante) et causent des troubles et des maladies. La masturbation est donc une nécessité hygiénique :

                   

« Les filles, dans qui les aiguillons sont plus précoces et plus pressants, les passions plus vives, la retenue plus nécessaire, sont bien plus incommodées de la trop longue rétention de la semence... Tous les praticiens conviennent que les différents symptômes de vapeurs ou d’affections hystériques qui attaquent les filles ou les veuves sont une suite de la privation du mariage. On peut observer que les femmes, surtout bien mariées, en sont ordinairement exemptes... Le mariage est dans tous les cas utile, ou même nécessaire, pour prévenir tous ces accidents : il peut même, quand ils sont déjà formés, les dissiper ; et c’est souvent le seul secours dont l’efficacité soit assurée... Leur délire ne peut s’apaiser que par l’excrétion de l’humeur dont l’abondance et l’activité l’ont déterminé... Je laisse aux théologiens à déterminer si, dans pareils cas, une pollution, qui ne serait nullement déterminée par le libertinage, mais par le besoin pressant, est un crime, ou s’il n’est pas des circonstances où de deux maux il faut éviter le pire. Il paraît assez naturel que dans certains cas extrêmes on fait céder toute autre considération à celle de rendre la santé » (Encyclopédie de Diderot, article Mariage).


Dans la Suite de l’Entretien, un personnage de Diderot expose les motifs du recours à la masturbation : être trop pauvre pour assurer la vie d’un couple, avoir peur de la syphilis avec des partenaires de rencontre, craindre le qu’en-dira-t-on, en plus, pour les femmes.


« Il y a cent considérations raisonnables pour une (en faveur des actions solitaires), sans compter le tempérament et les suites funestes d’une continence rigoureuse, surtout pour les jeunes personnes ; le peu de fortune, la crainte parmi les hommes d’un repentir cuisant, chez les femmes celle du déshonneur, qui réduisent une malheureuse créature qui périt de langueur et d’ennui, un pauvre diable qui ne sait à qui s’adresser, à s’expédier à la façon du cynique... Eh quoi ! parce que les circonstances me privent du plus grand bonheur qu’on puisse imaginer, celui de confondre mes sens avec les sens, mon ivresse avec l’ivresse, mon âme avec l’âme d’une compagne que mon cœur se choisirait, et de me reproduire en elle et avec elle, parce que je ne puis consacrer mon action par le sceau de l’utilité, je m’interdirai un instant nécessaire et délicieux ! On se fait saigner dans la pléthore ; et qu’importe la nature de l’humeur surabondante, et sa couleur, et la manière de s’en délivrer ? Elle est tout aussi superflue dans une de ces indispositions que dans l’autre... »



Aujourd'hui


                      " Le coït est cet effort, que d’aucuns jugent chimérique, de briser une solitude avec un être réel qui résiste. La masturbation part d’une solitude qui se peuple de créatures de rêve comblant nos désirs.

Parvenir à assumer cette solitude débouche sur une mastur­bation libérée et heureuse. Elle devient le chuchotement rassurant et tendre qu’on se dit à soi-même pour se permettre de vivre. Comme la présence d’un confident, qui aide à se retrouver, à se recréer, refuge solitaire, richesse du rêve, liberté inaliénable de l’homme. Mais il n’est de masturbation heureuse que si elle est aimée, et non subie. Y sommes-nous prêts ? "

(Verdier, L'Onanisme ou le droit au plaisir)


  

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