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SEXUALITÉ



À partir des mots sexus (le sexe des plantes, des minéraux et des animaux en latin classique) et sexualis (ce qui concerne le sexe de la femme, féminin) - sexualitas n'existe pas en latin - apparaît d'abord le mot sexe : rare au XIIe siècle, il se généralise au XVIe, mais ne désigne toujours pas les organes génitaux (on dit : les personnes du sexe, le beau sexe, pour désigner les femmes). Sexuel apparaît au XVIIIe siècle, sexualité au XIXe (en doublet avec sexualisme chez Littré) et ce dernier mot n'y qualifie encore que " la manière d'être de ce qui est sexuel ", plante ou animal. Le sens contemporain de " ensemble des diverses modalités de la satisfaction sexuelle " date du XXe siècle (Larousse). Auparavant, le Dictionnaire de Furetière (1690) avait classiquement opposé une Vénus céleste, présidant aux générations, à une Vénus terrestre présidant aux plaisirs sensuels, cette dernière donnant son sens à l'adjectif vénérien (dans homme, plaisir ou acte vénérien). Diderot, dans son Dictionnaire Encyclopédique, parlait d'appétit vénérien pour évoquer le " sentiment qui porte aux actes nécessaires ou relatifs à la propagation de l'espèce ", en renvoyant aux autres mots de génération, instinct, sens, plaisir : il ne parle pas dans ce cas de sexe ou de sexualité.


Aujourd'hui, le mot sexualité regroupe donc deux sens différents : soit ce qui caractérise l'existence ou la reproduction sexuée (sexualité des plantes, des animaux), soit l'ensemble des comportements qui recherchent le plaisir charnel. La sexualité telle que nous l'entendons aujourd'hui n'a donc pas toujours existé, mais s'est construite très récemment, du XVIIIe au XXe siècle.


La société antique, grecque ou romaine, n'a pas de mot pour regrouper tout ce que nous mettons, nous, sous le terme de sexualité. Elle parle d'érotisme (ars erotica ou amatoria) pour traiter du plaisir sexuel, comme Ovide dans son Art d'aimer, recueil de recettes pour parvenir à donner et à prendre le maximum de plaisir.


La société médiévale, par ses instances civiles ou religieuses, se préoccupe essentiellement des relations matrimoniales : la sexualité des personnes mariées la concerne pour la capacité à avoir des rapports sexuels, la façon de les accomplir, les moments de le faire, les fréquences, ainsi que les liens avec la fécondité et les manquements à la fidélité. L'Église se préoccupe en plus de l'observance du célibat religieux. Les médecins interviennent pour la fécondité et la régulation des naissances, comme pour l'hygiène de vie, en conseillant la maîtrise d'un plaisir qui est lié dans leur théorie scientifique à une sérieuse dépense d'énergie.


L'époque moderne verra s'élargir le champ de la sexualité. Pour Michel Foucault, c'est alors que l'on se met à considérer comme faisant partie d'elle ce qui n'était vu que comme jeux banals d'adolescents ou d'enfants, puis le plaisir homosexuel sur lequel on était jusqu'alors dans un grand flou, et finalement aussi les détails, rêveries, manies, obsessions, qui, auparavant, passaient inaperçues. Ce que l'on négligeait devient objet d'étude, car la fascination naissante pour la science amène à créer une scientia sexualis qui cherchera à dire la vérité sur le sexe : pour cela, comme cela se passe dans les autres domaines de la science, elle poursuivra l'exhaustivité et fera entrer le maximum d'éléments dans son champ, avant de les classer avec une minutie extrême. Mais, en étiquetant les multiples sexualités périphériques, on les a isolées, mises à jour, consolidées, constituées. Le résultat en est une prolifération des sexualités singulières qui nécessitera l'attention de plus en plus de personnes : médecins, éducateurs, parents, juges, policiers, religieux sont enrôlés afin de scruter la sexualité du nourrisson, de l'enfant, de l'adolescent, de la personne âgée, du fétichiste, de l'homosexuel, de l'exhibitionniste ; celle du rapport médecin-malade, ou éducateur-élève ; celle qui couve dans les foyers, les dortoirs, les prisons… Le couple conjugal, trop sage, est bien délaissé au " profit " de ces cas de sexualités particulières. Mais l'effet de cette évolution est pervers : la réflexion scientifique sera faussée par le choix des populations étudiées, surtout quand elle se focalisera au XIXe siècle sur les internés ou sur les délinquants et criminels (Krafft Ebing, Ambroise Tardieu, Cesare Lombroso). Comme ils sont " anormaux " socialement, leur sexualité sera qualifiée d'office d'anormale, sans que par ailleurs on étudie les pratiques de la population générale. Les enquêtes de Magnus Hirschfeld en Allemagne (1903), d'Havelocq Ellis en Grande-Bretagne, puis d'Alfred Kinsey aux USA (1948 et 1953) créeront bien évidemment un choc en prouvant la grande fréquence des sexualités jusqu'alors démonisées, mais il faudra attendre la fin du XXe siècle pour que l'on commence à considérer les multiples pratiques recensées comme de simples variantes comportementales, en ne stigmatisant que les sexualités qui ne respectent pas la règle sociale commune - " entre adultes consentants " - comme la pédophilie, le viol, le harcèlement.


Aujourd'hui, en médecine, on n'est pas complètement sorti des errements antérieurs, alors que, en principe, en dehors des questions de fécondité, la sexualité ne devrait la concerner que pour les dysfonctionnements dus à un problème de santé : anomalie physique, maladie, conséquence de traitements, trouble psychiatrique (dépression, compulsions, obsessions y compris). La psychanalyse, de son côté, a largement contribué à prolonger et amplifier la confusion inaugurée au XIXe siècle en affirmant que tout plaisir est sexuel : élargissant à l'infini le champ de la sexualité, elle ne permet plus de réfléchir sérieusement à ce qui est proprement sexuel dans la vie humaine. Écouter de la musique, croquer une pomme, soulager un besoin naturel, manipuler de l'argent, autant de moments sensuels : le plaisir alors ressenti a quand même des caractéristiques fort distinctes de celles du plaisir sexuel, de même que différent nettement les séquences comportementales à mettre en jeu pour obtenir ces différentes sortes de plaisirs. Quant aux religions, elles donnent à la sexualité une définition restreinte qui justifiera leurs interdits et leurs aversions : affirmer que la sexualité n'est constituée que par les actions liées à la procréation exclut tout jeu gratuit avec le plaisir, comportement pourtant profondément humain ; prescrire que la chasteté doit être l'idéal de la sexualité, et qu'elle doit s'épanouir dans l'amitié, revient à refuser ce qui est proprement sexuel dans la sexualité, c'est-à-dire la sensualité, l'érotisme, et la dénaturer.


En conclusion, pour que le concept de sexualité soit clair et opératoire, il faut bien distinguer si l'on parle de reproduction ou si l'on parle de plaisir : autant les comportements de reproduction sont figés par les caractéristiques de l'espèce, autant les comportements de plaisir sont libres dans une espèce où l'inventivité dans le jeu avec toutes les fonctions du corps a fini par devenir un des signes distinctifs les plus évidents d'avec les autres mammifères. D'autre part, si la sexualité humaine se définit bien par son but, le plaisir sexuel, elle ne peut l'être par son objet ni par ses moyens : en effet elle n'a pas d'objet prescrit, dans une espèce libérée des contraintes des cycles de reproduction, et ses moyens sont infinis, à l'image de la créativité de l'Homme pour multiplier ses sensations dans tous les domaines.


Yves Ferroul, in Dictionnaire de la sexualité humaine, Philippe Brenot dir., L’Esprit du temps, 2004.

Bibliographie :


MICHEL FOUCAULT, La volonté de savoir, NRF, Gallimard, Paris, 1976.

  

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