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Les conséquences de la passion amoureuse



Le sexologue a affaire à la passion amoureuse parce que les troubles sexuels accompagnent souvent les élans et les pannes de cœur, avec leurs conséquences sur les projets de vie, et l'épanouissement personnel. Mais quand on vit une passion amoureuse, on n'est pas souvent conscient d'être conditionné par la culture de la société dans laquelle on vit.

Nous allons dans un premier temps envisager les imaginaires culturels avant de parler des situations rencontrées en consultation.


1. Les imaginaires culturels


De même que se nourrir est une activité commune à toutes les sociétés, mais que chacune élabore ses propres rites de la prise de nourriture, de même éprouver de l'amour passion est commun à beaucoup de sociétés mais se vit différemment dans chacune. Nous ne sommes pas neutres si le hasard nous confronte à la passion amoureuse, car nous vivons dans une société où depuis très longtemps les problèmes qu'elle pose ont été abordés, et notamment ses conséquences. Un rapide survol, très simplificateur, donnera une idée de la richesse et de la variété des questionnements explorés, et des solutions proposées.


Par exemple, la Bible judéo-chrétienne raconte l'histoire du roi David s'éprenant d'une femme mariée, Bethsabée, pour laquelle il ira jusqu'à provoquer la mort du mari. La passion a entraîné une dégradation morale dont la punition sera la mort du premier enfant du nouveau couple ; mais le texte est ambigu, puisque Dieu permettra la naissance d'un second enfant, et que celui-ci, Salomon, succédera à son père sur le trône de Jérusalem.

De façon générale, pourtant, la Bible se méfie de la passion et prône un mariage de raison, conforme à l'intérêt du clan et à la volonté de son chef.


Grecs et Romains réfèrent la naissance de leurs républiques respectives à des crimes passionnels qui ont renversé les tyrans en place. À Athènes, en 514 avant J.-C., le tyran Hipparque, amoureux fou d'Aristogiton, veut imposer de force son amour en profitant de sa position de supérieur. Mais Harmodios, l'amant d'Aristogiton, le tue et provoque le renversement du régime.


À Rome, à la même époque, le tyran Tarquin viole la femme qu'il désire, Lucrèce, et se fait tuer par le clan qui se venge. Ce meurtre entraîne l'instauration de la république.

Ces deux sociétés, grecque et romaine, resteront durablement marquées par une méfiance extrême envers la passion amoureuse, ce sentiment d'une telle violence qu'il peut aboutir à la chute d'un régime politique. Et, dans l'imaginaire de ces sociétés, la passion amoureuse sera durablement liée aux meurtres qu'elle provoque.


Les écrivains sont aussi pessimistes, et ils attribuent à une maladie cette atteinte de la raison qui réduit par exemple Hercule aux pieds d'Omphale, ou qui entraîne malgré elle Phèdre à aimer son beau-fils Hippolyte. Les conséquences de la passion sont, pour eux, la folie, le drame, et la mort, encore et toujours.


Platon exprimera une pensée plus complexe. Pour lui, il est vrai que l'idéal de sagesse passe par la maîtrise de soi afin que le comportement individuel ou social soit dominé par la raison. Il distinguera donc d'une part un désir acceptable, restant sous la domination de la raison et poussant à l'action positive, et, d'autre part, un désir dégradant, irrationnel, aboutissant à la passion (toujours imaginée déraisonnable). Mais en même temps il ne peut s'empêcher d'être fasciné par l'état dans lequel on se trouve quand on est passionné : il y voit une faveur toute particulière des dieux, accordée à des humains privilégiés.


Cicéron, qui écrit, lui, pour une élite aristocratique et snob, ne peut plus accepter les excès de la passion. Dans sa pensée, le sage est celui qui est toujours maître de lui : il ne rit pas aux éclats, a des gestes sobres, marche calmement (le fameux " train de sénateur "), n'est jamais emporté ni bouleversé par une quelconque passion (colère, désir sexuel, amour). Pour ce philosophe, les conséquences de la passion sont en effet toujours du désordre : il faut donc l'éliminer de sa vie par un travail constant sur soi-même.


Cette violence de la passion amoureuse, et le fait qu'elle entraîne ceux qu'elle a envahis à être obnubilés par la personne aimée et à ne plus voir tout ce qui est à côté, jusqu'à se moquer de la morale et des lois du groupe, fondent la création de la légende de Tristan et Iseut dans l'Europe occidentale du Moyen Âge : le caractère irrationnel et magique de la passion est expliqué par l'absorption d'un philtre, et l'impossibilité de vivre dans le réel social exige que les héros finissent par mourir. Du Moyen Âge jusqu'à nos jours, on rencontre la même incapacité à imaginer une passion amoureuse qui dure des années jusqu'à la mort naturelle des amants (cf. encore Belle du Seigneur, d'Albert Cohen, 1968).


Le même schéma est à la base de l'autre mythe occidental de la passion amoureuse, l'histoire de Roméo et Juliette.

Si aujourd'hui romans, films et chansons continuent à glorifier la passion amoureuse, quelques voix s'élèvent pour en souligner les conséquences négatives.

Jacques Brel avait déjà tenté d'attirer l'attention sur le scandale d'un sentiment qui pouvait amener un être humain à vouloir comme idéal de devenir " l'ombre de l'ombre " de la femme aimée, " l'ombre de son chien ". Vouloir devenir non pas même le petit toutou de la femme aimée, mais l'ombre de ce toutou, voilà un souhait dégradant et inacceptable pour le chanteur. Mais le problème, c'est que le public y a vu - et y voit encore - une expression magnifique de l'amour. Et c'est sur ce contresens que s'est bâtie la célébrité de la chanson " Ne me quitte pas " !


Jorge Semprun parlant de l'amour-passion de Kafka pour Miléna, sera plus dur encore. Qu'importe que Kafka ait su construire (je cite) " un édifice littéraire aérien, superbe et poignant " pour parler de cet amour, quand Miléna, la femme réelle, a souffert de la cruauté due à l'égoïsme de son amant emmuré dans son monde au point de ne prêter aucune attention à ses désirs et à ses besoins à elle. Et que dire des lecteurs qui ont pris cette histoire pour " amour comptant ", que dire de tous ceux qui admirent et donnent comme un exemple sublime (je cite) " cette passion désincarnée, follement narcissique, brutalement indifférente à l'autre : au regard, au visage, au plaisir, à la vie même de l'autre... "


Ce caractère destructeur de la passion amoureuse ne demanderait-il pas une autre explication du fait d'aimer ? Depuis saint Augustin aimer c'est regarder tous les deux dans la même direction, c'est-à-dire avoir un projet commun. Aimer, tout le monde le dit, c'est aussi vouloir le bien de l'autre, se mettre au service de l'autre. Mais comment expliquer le crime amoureux, les " je l'aimais, c'est pour cela que je l'ai tué(e) ", ainsi que la folle indifférence aux souffrances de l'autre chez le passionné ? Les poètes du XIIe siècle proposent l'image du miroir : on s'est vu dans les yeux de l'autre, et quand l'autre renvoie une image positive on reste auprès de lui. Il est tellement rare d'être rassuré sur soi dans la vie sociale, à plus forte raison d'être flatté, qu'il est très agréable de vivre auprès de qui vous signifie, à chaque fois que vous le regardez, que vous êtes quelqu'un de bien, d'intéressant, d'important, qui compte. " Je l'aime " revient alors purement et simplement à : je suis heureux avec cet être qui me justifie, je ne veux pas m'en éloigner ni m'en séparer et retourner à ma solitude, je désire passer ma vie à ses côtés afin de pouvoir me réassurer continuellement en regardant cette belle image de moi dans ses yeux. Tant que l'autre renvoie cette image favorable, l'on est " amoureux ". Cependant, si un jour cette image se ternit, si les yeux reflètent un personnage négatif, si l'on est amené à une confrontation permanente avec une dégradation de ce que l'autre voit, alors on peut soit fuir loin du miroir, éventuellement à la recherche d'un autre miroir qui renouvellerait l'enchantement, soit briser le miroir.

Les contes l'ont bien montré. La marâtre de Blanche Neige vit dans la fréquentation quotidienne de son miroir tant que celui-ci lui confirme qu'elle est la plus belle. Mais quand il lui dit qu'une autre est plus belle, il n'a plus de raison d'être et elle le détruit. Quand les yeux de l'autre disent que l'on n'est plus le plus beau, que l'on n'est plus la plus belle, la tentation est grande de faire disparaître ce miroir : le crime passionnel se comprend quand on accepte l'idée que la passion amoureuse n'est pas un amour de l'autre mais un amour de soi, un amour fasciné et halluciné de son reflet dans les yeux de l'autre.


Il existe une autre caractéristique de l'amour qui a suscité la réflexion dans notre culture, c'est l'incompréhension fréquente des personnes extérieures devant le peu de qualités de la personne aimée passionnément : comment une fille comme elle a pu tomber amoureuse d'un homme comme ça ! Ou bien : que peut-il bien lui trouver ? Les anciens, de manière constante, ont rapporté à la folie ou à la maladie d'amour cet aveuglement causé souvent par la passion amoureuse. Les poètes du moyen âge ont proposé une explication conforme à leur imaginaire scientifique : quand on aime, on met dans son coeur l'image de la personne aimée. Or le coeur est le siège de la chaleur vitale. Et l'on sait que la chaleur entraîne la cuisson, et que la cuisson transforme les caractéristiques de l'objet cuit : la poterie ou le pain n'ont pas les mêmes caractéristiques physiques que la glaise ou la farine dont ils sont issus. De même l'image cuite au fond du coeur de la personne amoureuse est une transformation de l'image externe de cette même personne. L'amoureux, qui voit avec les yeux du coeur, comme nous le disons toujours, ne voit donc pas la même réalité que son entourage. Au XIXe siècle, Stendhal renouvellera la métaphore : il prendra l'image de la cristallisation des cristaux de sel sur les branchages jetés dans les mines de Salzbourg pour expliquer que l'amoureux a opéré sur la personne aimée un même travail d'embellissement au point qu'il ne voit plus que les cristaux alors que l'entourage voit toujours la personne " nue ", sans apprêts.


Donc, dans l'imaginaire culturel, la passion amoureuse entraîne le désordre social et la mort ou la souffrance des protagonistes ; elle amène celui qui en est atteint à un comportement déraisonnable et asocial. Il n'est plus lui-même, ne se reconnaît plus, et n'est plus reconnu par les siens. La sortie de la passion est toujours déceptive, avec un réveil qui traduit le retour à la réalité commune. Swann, à la fin du roman de Proust, se demande comment il a pu consacrer toutes ces années à une femme " qui n'était pas son genre ". Mais l'auteur nous a tenus sous le charme pendant tout son roman : c'est-à-dire que, à côté de tous les désagréments de la passion, les auteurs dépeignent les personnes prises par ce sentiment comme vivant avec une intensité merveilleuse qui colore leur vie, lui donne du goût, les sort de la routine pour une expérience en tous points exceptionnelle. Si bien que les lecteurs oublient, ou minimisent, les éléments négatifs de la passion.


Les histoires réelles des patients qui viennent nous consulter présentent les mêmes caractéristiques que celles que nous avons repérées dans les imaginaires culturels.


2. Les patients


Trois cas se présentent selon que la personne est - au moment de la consultation - en train de vivre sa passion amoureuse, premier cas, est sortie de l'épisode passionnel, deuxième cas, ou, il ne faut pas oublier cette autre situation, attend de vivre une passion amoureuse, troisième cas.

En pleine passion, une personne libre de tout engagement - et qui est payée de retour - ne viendra consulter qu'exceptionnellement.
Mais si la personne est déjà engagée dans un couple, et qu'elle s'éprend passionnément d'un tiers, elle est alors confrontée à une opposition entre des intérêts contradictoires. Dans cette situation, la plupart des gens, pris à cent pour cent dans leur passion, sont obnubilés par elle, ne pensent à rien d'autre. Le conjoint, les enfants éventuels, la famille, les amis, tout le monde est oublié. L'entourage est victime de la brutalité du changement de comportement. Le conjoint rejeté est déstabilisé par les remarques blessantes, le manque de tact ou de courtoisie, car la personne amoureuse vante sans ménagement son nouvel amour et oublie tout ce que lui a apporté l'autre, tout ce qu'ils ont déjà vécu ensemble, ce qu'ils ont construit. Du jour au lendemain, la victime, qui se croyait en sécurité dans un couple stable, est privée de tous ses repères, doit abandonner tout ce qui lui permettait d'avoir un minimum de confiance en soi.


Tel est le cas général. Mais parfois la personne éprise peut éprouver le besoin de recourir à un regard extérieur - censé être plus neutre, plus objectif - pour l'aider à réfléchir sur ses choix. On est dans un cas de passion moins folle, où il reste un peu de raison. Mais il s'agit bien de passion car, même si la personne évoque la souffrance du conjoint rejeté, celle-ci a peu de poids devant la fascination de la passion. Le cas habituel est plutôt celui d'une femme mariée, mère de famille, amoureuse d'un homme qui est devenu son amant. Elle consulte parce qu'elle hésite entre préserver son couple et sa famille ou partir et vivre l'amour passion. L'irruption de ce sentiment, sa force, sa nouveauté lui font prendre brutalement conscience qu'elle vivait avec un gros nounours rassurant, un bon père de famille, qui comblait son besoin de sécurité. Mais qu'elle avait ignoré et négligé ses envies d'absolu, son rêve de prince charmant - l'emportant ailleurs sur son cheval blanc. Elle avait cru aimer, alors qu'en fait elle avait seulement été intéressée par celui qui allait l'insérer dans la société et lui permettre d'être mère. Sa sexualité n'a été vivante que le temps d'être enceinte. Et là, brusquement, son corps et son coeur endormis se réveillent et lui font vivre des émotions, des désirs, des plaisirs inconnus. Une confidence est caractéristique et signe la passion : ces femmes évoquent souvent qu'elles ont pratiqué spontanément dans la sexualité avec cet amant des choses que leur conjoint leur avait réclamées pendant des années, et qu'elles avaient toujours refusé de faire : toutes surprises d'en avoir eu envie - et d'y avoir pris plaisir - elles voient là une preuve indubitable de la qualité de leur sentiment. Et elles veulent aller jusqu'au bout de l'aventure. Si madame Bovary, dans le roman de Flaubert, ne pouvait qu'être mise au ban de la société de son époque en fuyant avec Rodolphe, la femme d'aujourd'hui, plus indépendante financièrement et entourée d'images sociales plus positives d'émancipation, peut imaginer quitter son mari et garder son intégration. Vivre la passion est aujourd'hui matériellement et socialement tout à fait possible.

Ce qu'une telle femme vient chercher chez le sexologue, c'est la confirmation que son nouvel épanouissement sexuel justifie son comportement, qu'elle a le droit de penser enfin à elle, qu'elle s'est suffisamment sacrifiée jusqu'alors pour mériter le bonheur.

Le rôle du sexologue serait peut-être de tenter de faire traîner en longueur la séparation, de faire se retarder au maximum les décisions définitives, dans l'espoir que la passion s'évanouira avant l'irrémédiable. Elle s'évanouit toujours, on le sait bien : alors, si le nouveau couple trouve toujours l'aventure intéressante, il peut la poursuivre ; mais s'il vit un désenchantement, et si la cassure du premier couple n'a pas encore été effective, une reconstruction est envisageable. Sinon, la passion n'aura été que dévastatrice...


Tel est d'ailleurs le cas habituel de la consultation pour passion amoureuse : elle intervient quand l'un ou l'autre sort de la passion. Les questions que les patients se posent alors sont : comment faire le deuil d'un sentiment aussi intense ? Comment vivre le quotidien désormais ? Est-ce que ce que je ressens - maintenant que je ne suis plus passionné - vaut la peine d'être vécu ? Est-ce que l'autre m'offre - maintenant qu'il n'est plus passionné - un projet intéressant - qui puisse remplir ma vie ?

La consultation la plus fréquente est celle de la personne sortie de sa passion et qui veut retisser les liens avec son conjoint. Elle doit retrouver l'estime de soi, et pour cela pouvoir affronter les questions qui la minent : comment ai-je pu en arriver là ? Comment ai-je pu faire tout ce mal à mon conjoint ? Sorti de l'emprise de la passion, l'individu a en effet du mal à se reconnaître dans ces actes. Parfois, rebuté, le conjoint s'est engagé dans une autre histoire et ne désire pas faire marche arrière ; le but de la consultation sera alors d'apprendre au patient à gérer le deuil à la fois de sa passion et de son couple antérieur. Mais parfois l'autre est toujours amoureux et a autant envie de faire revivre le couple que le patient lui-même. On risque cependant d'avoir à gérer la rancoeur du conjoint, profondément blessé, malgré tous ses efforts de pardon, par la façon dont il a été traité. Pendant des années le couple restera fragilisé : retrouver l'innocence de la confiance amoureuse initiale est difficile, et la moindre péripétie ravivera la blessure, fera resurgir, toujours aussi poignantes, les craintes d'abandon et de désamour.


Une dernière conséquence de la passion amoureuse est à examiner. En effet, l'existence de ce sentiment dans notre société, et sa connaissance par nos contemporains qui en ont entendu parler, aboutit à ce que certaines consultations portent sur la valeur à accorder à une vie sans passion. De même que certaines femmes n'identifient pas comme orgasme le plaisir et la détente qu'elles savent ressentir parce qu'ils n'ont pas les caractéristiques de l'orgasme tel qu'il est décrit dans leur magazine préféré, de même certaines personnes n'imaginent pas que puisse être appelé amour l'attachement " raisonnable " qu'elles éprouvent. Est-ce qu'on a déjà aimé quand on n'a jamais risqué sa vie à cueillir un myosotis pour une femme, chantait Brassens. Nos patients, eux, diront : " je ne sais pas si je l'aime, puisque je n'ai pas eu de coup de foudre : on s'est fréquenté longtemps, mais on est resté longtemps copains, puis amis ; on s'entend bien sur tout ; on fait l'amour, mais c'est pas la folie... ". Ou encore : " Je ne sais pas s'il m'aime, ou si elle m'aime, puisqu'il n'a jamais eu à se battre pour me conquérir ; parce que c'est moi qui ai fait les avances et insisté, moi qui suis revenu(e) à la charge, jusqu'à ce qu'il cède, jusqu'à ce qu'elle accepte que l'on vive ensemble... " Les images culturelles de la passion amoureuse s'interposent entre la personne et ce qu'elle ressent, au point de brouiller sa perception de la réalité vécue.



Conclusion

Si les patients consultent le sexologue dans un contexte de passion amoureuse, c'est qu'ils ne se retrouvent pas dans leur histoire. Le thérapeute pourra tenter de prévenir le délit éventuel, et de ramener à la raison si le moment en est venu. Il veillera particulièrement à ce que l'autre soit respecté.

Finalement, dans ce type de consultation, on touche au débat éternel entre passion et raison, débat sur lequel se rencontrent les réflexions des philosophes, des religieux, des anthropologues, des écrivains, des biologistes, des juristes et des psychiatres, autant de points de vue dont l'action des sexologues peut se nourrir.

Individu autonome, mais conditionné par sa physiologie comme par la culture ambiante, le patient se retrouve ballotté entre le rejet de ce qui apparaît comme un dérèglement du processus habituel d'attachement, voire comme un trouble psychologique apparenté à un épisode délirant, d'une part, et, d'autre part, la séduction d'une vie intense, qui recule à l'infini les limites du moi.

L'écoute dédramatisante du thérapeute peut alors l'aider à trouver une voie grâce à laquelle cette expérience si particulière de la passion amoureuse lui apportera quand même le maximum d'enrichissement.


Bibliographie

BIBLE, II Samuel, 11 et 12.

ERNAUX A., Passion simple, Folio.

PROUST M., Un Amour de Swann.

SEMPRUN J., L'Écriture ou la vie, ch. 9, Folio, p. 343.

STENDHAL, De l'Amour, ch. II.

Paris, 2006



  

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