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Des dépravations graves ?


S’appuyant sur la Sainte Écriture,

qui les présente comme des dépravations graves…

(Catéchisme de l'Église catholique, 2357).


Ce passage du Catéchisme est suivi d’un renvoi à une note qui cite quatre textes : Genèse 19, 1-29 ; Romains 1, 24-27 ; 1 Corinthiens 6, 10 ; 1 Timothée 1, 10. Ceux-ci sont donc censés présenter l’homosexualité comme une dépravation grave.


1- La Genèse

Le premier texte est le récit de l’épisode de Sodome et Gomorrhe : la terrible vengeance de Dieu concernerait l’homosexualité et en serait la condamnation sans appel. Pour aboutir à cette conclusion à partir du texte, il faudrait que le raisonnement soit passé par les étapes suivantes :

- Dieu est juge ;

- Dieu est intervenu à Sodome ;

- Ce qui s’est passé à Sodome ne peut être qu'une punition divine ;

- Il y avait des homosexuels à Sodome ;

- La punition divine visait les homosexuels.


Que Dieu soit juge est bien dans l’esprit de la Bible. Qu’il soit intervenu à Sodome est explicite dans le texte. Mais qu’une catastrophe naturelle soit une punition divine pose un problème : spontanément acceptée autrefois, cette interprétation des fléaux qui touchent l’humanité n’est plus admise aujourd’hui par les responsables religieux. Aucun ne dirait par exemple qu’un tremblement de terre est une punition divine. Pour la maladie, si l’archevêque de Gênes a dit en 1987 que le sida était une punition divine, les évêques français se sont dépêchés d’affirmer, eux, que la maladie ne pouvait en aucun cas être interprétée comme telle (cités dans La sexualité sous Jean-Paul II, in Jean Marx, Religion et tabou sexuel, 1990).

Puis, logiquement, la vengeance divine pouvait viser d’autres comportements présents à Sodome : que l’homosexualité soit l’objectif n’est pas prouvé. Quand on est obsédé par la sexualité, on croit que de tout temps les humains ont partagé cette obsession. Et on lit la Bible sans se rendre compte que dans ses différents livres les fautes les plus graves concernent le culte divin et non la morale sexuelle. Et les habitants de Sodome et Gomorrhe sont bien présentés comme tellement accaparés par les jouissances matérielles qu’ils ne pensent plus à Dieu et méritent d’être punis. La lecture de l’épisode ne laisse aucun doute. Et c’est bien ainsi que l’on a compris ce texte pendant des siècles : toutes les citations bibliques, sans exception, renvoient à cet oubli de Dieu, à l’abandon de l’Alliance. Ézéchiel précisera : « Voici quel fut le crime de Sodome : orgueil, voracité, présomption et insouciance, telles furent les fautes de Sodome et de ses filles ; elles n’ont pas secouru le pauvre et le malheureux... » (XVI,49-50 ; cf. Ecclésiastique, XVI,8). De même Luc énumère ce qui pour lui représente la faute des habitants de Sodome (ne s’occuper que d’activités matérielles et ne laisser aucune place à Dieu dans sa vie) : « on mangeait, on buvait, on achetait, on vendait, on plantait, on bâtissait » (XVII,28). Chez Matthieu, Jésus donne l’exemple de Sodome pour illustrer le refus d’hospitalité (X,15). Quant à l’épître de saint Jude : « Sodome et Gomorrhe... qui se sont prostituées de la même manière et ont couru après une chair différente » (v.7), elle ne peut évoquer l’homosexualité (une chair différente !) mais, comme le précisent d’ailleurs les notes de la Bible de Jérusalem, elle se réfère au comportement de certains anges qui se sont laissés séduire par les filles des hommes (cf. Genèse VI,1-2 et le livre d’Hénok), et souligne le scandale que représente ce mélange de chairs différentes, humaines et angéliques.

De plus, les récits parallèles à celui des événements de Sodome sont indubitablement des réflexions sur l’hospitalité, à Gidéa (les gens de la ville demandent à un de leurs concitoyens d’origine étrangère de leur livrer un étranger qu’il héberge : Juges XIX,22) comme à Jéricho (où les gens de la ville avaient bien raison de se méfier des étrangers, qui étaient en mission d’espionnage : Josué II et VI). La tradition patristique confirme cette interprétation, jusqu’à Salvien de Marseille, au cinquième siècle, qui ne reprend jamais l’accusation d’homosexualité à propos de Sodome, mais parle de manquement à l’hospitalité, alors qu’il traite du problème et cite d’autres passages bibliques pour critiquer les homosexuels. Et jusqu’à Isidore de Séville, au huitième siècle, qui attribue le châtiment des habitants de Sodome à leur avidité immodérée de biens matériels : « La première des luxures est l’abondance de nourriture. C’est pour cela que le prophète Ézéchiel (XVI, 49) accuse Sodome d’être rassasiée de pain. Car, consommant la nourriture sans modération, les habitants de Sodome sombrèrent dans la turpitude des vices et méritèrent, par leur orgueil, d’être brûlés par les feux du ciel, parce qu’ils n’avaient pas gardé la mesure dans leur gloutonnerie » (Sententiae, XLII, 2 ; cf. Patrologie Latine 83, 647C).

Aujourd’hui les spécialistes, catholiques ou non, sont d’accord pour récuser l’interprétation homosexuelle et défendre celle du manquement aux règles d’hospitalité. Patrice Vivarès, prêtre, dans un livre né de conférences données dans sa paroisse parisienne, constate : « La pointe du texte n’est pas celle de la violence sexuelle… mais le refus de l’hospitalité qui touche directement Dieu puisque ces hommes sont des anges. À cette violence, à ce refus, Dieu répond par la violence : la ville est détruite… » (Les chrétiens et la vie affective, Centurion, 23).

La première référence concerne donc un texte qui ne parle pas d’homosexualité.

(pour d'autres précisions, voir ici)


2- L'épître aux Romains

Le deuxième texte (Rm I, 24-27) parle bien de l’homosexualité. Mais ceux qui sont visés sont des hommes mariés, puisqu’on parle de leurs femmes, et le comportement homosexuel d’hommes mariés peut être critiqué sans que l’homosexualité soit à proprement parler en cause. Dans l’interdiction de l’adultère par Jésus, ce sont bien des relations hétérosexuelles qui sont proscrites, sans que cela implique la proscription de toute relation hétérosexuelle, ni une condamnation générale du fait hétérosexuel.


3- Les épîtres aux Corinthiens et à Timothée

Dans les deux autres références, (1 Co VI, 10 et 1 Tm I, 9-10), Paul rappelle que la Loi n’a pas été instituée pour le juste, mais pour les pécheurs, dont il énumère une liste. Celle-ci comprend les deux fois les « gens de mœurs infâmes », dans la traduction de la Bible de Jérusalem (à 1 Co VI, 9 d’ailleurs), qui sont interprétés comme étant des homosexuels à cause de la formulation latine moins euphémique : « masculorum concubitores », « ceux qui couchent avec des hommes ». Or le terme grec correspondant, « arsenokoitai », signifie à l’époque « prostitué mâle », ce qui implique aussi une activité hétérosexuelle, et c’est cette prostitution qui est visée par l’apôtre. L’interprétation du passage comme parlant des homosexuels vient uniquement d’une mauvaise traduction du texte grec de départ.


Quatre textes, donc. Mais trois ne concernent absolument pas l’homosexualité ; le seul d’entre eux qui parle des « actes d’homosexualité » que le Catéchisme prend pour cible critique le comportement d’hommes mariés : l’on peut très bien admettre que des hommes mariés commettent une faute morale en ayant des rapports homosexuels sans que cela disqualifie en quoi que ce soit le comportement de célibataires. En tout cas c’est un autre problème, qui n’est pas l’objet du texte de Paul.


Non seulement les textes cités en témoignage ne se rapportent pas au sujet, mais en plus le sens qu’on voulait leur faire donner (présenter les actes d’homosexualité comme des dépravations graves) est impossible. Dans le cas où Paul parle des « gens de mœurs infâmes », les autres personnes « injustes » énumérées par les deux listes sont : les impudiques, adultères, idolâtres, dépravés, ivrognes, voleurs, avares, insulteurs, rapaces, pour la lettre aux Corinthiens, les insoumis, rebelles, impies, pécheurs, sacrilèges, profanateurs, parricides, matricides, assassins, impudiques, trafiquants d’hommes, menteurs, parjures pour la lettre à Timothée. Ces listes mêlent des fautes de gravité très variée : beaucoup d’entre elles ne pourraient pas être qualifiées de « dépravations graves », et ces listes ne sont donc pas des listes de « dépravations graves ». Le Catéchisme affirme, mais aucune des citations données pour appuyer l’affirmation n’est adéquate.


Il est à remarquer que le Catéchisme ne se réfère pas au Lévitique, pourtat très explicite, lui, et référence de beaucoup de ceux qui rejettent l'homosexualité : "Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme. C'est une abomination." (18, 22) et "L'homme qui couche avec un homme comme on couche avec une femme, c'est une abomination..." (20, 13). Si le Catéchisme ne parle pas de ces formules, c'est qu'il est logique avec lui-même : dès l'époque de Pierre et Paul, les responsables du groupe de disciples de Jésus ont décidé qu'un païen (quelqu'un qui n'était pas juif) pouvait devenir chrétien sans passer par le judaïsme, donc sans se faire circoncire et sans se soumettre aux multiples interdits rituels de cette religion (Actes, 15). Mais pour que les membres juifs et ceux qui n'avaient pas été juifs puissent manger ensemble, les responsables décident d'interdire quand même aux nouveaux baptisés l'usage de viandes venant des sacrifices païens, celui du sang et des animaux étouffés : ces interdictions vont tomber en désuétude quand les chrétiens se couperont des juifs. (La Bible de Jérusalem précise qu'il n'y a là que des interdits rituels, voulant signifier que les chrétiens, n'ayant pas les mêmes rituels que les juifs, ne sont pas visés).

Donc le livre de la Bible qui prescrivait tous les interdits rituels des juifs, le Lévitique, n'a plus, dès l'origine, été considéré comme concernant les chrétiens et les obligeant en quoi que ce soit.

C'est pourquoi le Catéchisme ne le cite pas ici.


En résumé, aucun des quatre textes ne parle de l’homosexualité en soi, donc aucun ne peut servir de point de départ à un jugement sur l’homosexualité. Trois ne parlent pas du tout de l’homosexualité. Un parle d’actes homosexuels d’hommes mariés. Aucun ne parle de dépravations graves.


Une chose est finalement certaine : la Sainte Écriture ne présente pas les actes d’homosexualité comme des dépravations graves.


Yves Ferroul

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