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Le trouble sexuel


Pour simplifier, on peut dire que la séquence sexuelle de base débute par l’envie de rechercher l’excitation et le plaisir. La deuxième étape est la réalisation des actes qui permettent le jeu avec cette excitation et l’accession à ce plaisir. La séquence se termine quand le plaisir visé a été obtenu.


Les troubles sexuels peuvent apparaître à chacune de ces étapes, et l’on peut retrouver :

- des troubles de l’envie (envie insuffisante, inexistante ou excessive)

- des troubles de la réalisation (notamment pour les rapports, rendus impossibles par infirmité, vaginisme, douleur à la pénétration, problème de la verge, érection insuffisante)

- des troubles du résultat (absence de maîtrise de l’éjaculation, absence d’orgasme)

- des troubles du couple, éventuellement (difficulté d’harmoniser deux sexualités différentes).

 

L’origine de ces troubles est variée. En effet, la sexualité se joue à trois niveaux d’organisation : le niveau organique, le niveau psycho-affectif et le niveau socio-culturel. Et chacun d’eux peut être déficient et causer des troubles sexuels.

 

  1. Le niveau organique


Le niveau organique recouvre le bon état de fonctionnement anatomique, physiologique et neurologique du corps.

Les troubles organiques seront donc :

- Au point de vue anatomique, par exemple, le frein du prépuce trop court est une entrave à la réussite d’une pénétration.

- Au point de vue physiologique, toutes les substances qui font fonctionner notre organisme doivent être présentes, en quantité suffisante mais sans excès, comme : les éléments du sang, les hormones, les neuro-transmetteurs (les molécules qui établissent les liaisons entre les neurones), etc. Ainsi une insuffisance de la glande thyroïde rend impossible la naissance du désir, ou bien un excès d’adrénaline circulante déstabilise l’érection.

- Au point de vue neurologique, on peut prendre le cas d’une atteinte cérébrale des circuits de l’émotion qui provoque un trouble rendant indifférent à l’excitation sexuelle.

 

Les causes de ces troubles sexuels organiques peuvent être des maladies ou des traitements :

a. Les maladies causales :

- Diabète, obésité, carence vitaminique (B6), maladie de La Peyronie (épaississement fibreux de certaines parties de la verge, entraînant des déviations plus ou moins importantes)…

- Troubles endocriniens : ovariens, thyroïdiens, hypophysaires, surrénaliens…

- Cancer, infirmité, problème rhumatologique, atteinte urologique…

- Sida, syphilis et IST diverses (Infections Sexuellement Transmissibles), infections urogénitales…

- Troubles cardio-vasculaires, anémie, hémochromatose, déséquilibre des lipides… Stérilité.

- Atteinte cérébrale, traumatisme médullaire, sclérose en plaques, maladie de Parkinson, épilepsie…

b. Les traitements responsables :

Les causes des troubles sexuels organiques peuvent aussi être le recours à certains traitements qui ont des effets secondaires perturbant la sexualité :

- Neuroleptiques et quelques antidépresseurs

- Hypotenseurs et médicaments cardiovasculaires

- Traitements hormonaux, anti-androgènes

- Chimiothérapies, interventions chirurgicales (en particulier sur les ovaires, l’utérus, les seins, la vessie, la verge, les testicules, la prostate…)

 

 

  1. Le niveau psycho-affectif :


La personne se construit dès la naissance en fonction des événements de la vie, à partir des bases organiques individuelles, et cette construction peut comporter des défauts, des ratés, être gênée ou bloquée par des péripéties. Si l'aboutissement est un état de dépression, ou d'anxiété, si l'on retrouve spasmophilie, ou anorexie, alcoolisme, tabagisme, consommation de drogues, troubles obsessionnels, compulsions, troubles de la personnalité, etc., il est clair que la sexualité sera touchée.

Par exemple, toute personne atteinte dans son identité, dans son image d’elle-même, risque d'être déstabilisée dans sa sexualité dont n’importe quelle étape peut être perturbée (envie, érection, coït, orgasme, éjaculation…).

Chômage, problèmes professionnels, stérilité, adultère, mépris voire indifférence du conjoint, comparaisons avec un rival, deuils, difficultés avec un enfant, doutes sur son orientation sexuelle, choc émotif en général : la liste des éléments psychoaffectifs de la vie qui nous affectent et font courir des risques potentiels à notre sexualité est infinie. En particulier, toute perturbation dans l’apprentissage sexuel (culpabilisation parentale, échecs affectifs, échecs des premières tentatives, attitude négative de l’autre, abus ou traumatisme sexuel…) ou dans la relation affective du couple (dysharmonie, conflits de pouvoir ou de personnalité, mésententes…) atteint la confiance en soi, et peut retentir sur la qualité de la vie sexuelle.

 

  1. le niveau socio-culturel :


La société joue un rôle déterminant dans la nature et l’importance des troubles sexuels dont ses membres souffriront. En effet, elle intervient de multiples façons pour déterminer ce qu’elle estime possible ou souhaitable que les individus fassent, ainsi que ce qu’elle se donne le droit d’interdire ou de punir. Et ses domaines d’intervention sont nombreux : Il suffit d’opposer la législation allemande de la prostitution (les maisons closes sont autorisées) à la législation française (les femmes ont des amendes pour racolage, et leurs clients sont poursuivis), ou encore les pratiques de certaines villes anglo-saxonnes (les clients sont filmés et leur image diffusée sur internet) pour se rendre compte des différences considérables entre ce qu’il est sexuellement possible de faire selon les pays.

L’impact de la variété des lois, notamment, est déterminant. Depuis 1791, par exemple, l’homosexualité privée entre adultes consentants n’est pas condamnable en France : le sort des homosexuels français n’a donc pas du tout été le même par la suite que celui des homosexuels anglais, qui, par centaines, seront condamnés à mort, puis envoyés au bagne, pendant tout le XIXè siècle en Grande-Bretagne.

Quant à l’influence des idées en faveur dans le groupe social, l’évolution de l’interprétation de la rapidité de l’éjaculation peut nous offrir un exemple idéal : cette rapidité est un signe de bonne santé, et de virilité, et pas du tout un souci, un peu partout dans le monde et depuis la nuit des temps jusqu’aux années 1970. C’est alors seulement que l’action conjuguée des psychanalystes (le plaisir clitoridien est infantile, et seul le plaisir vaginal est signe de maturité), des féministes (les hommes se doivent de donner aux femmes ce plaisir d’adulte) et des sexologues, relayés par les journalistes, aboutit à survaloriser la pénétration vaginale et l’obtention de l’orgasme féminin pendant cette pénétration, ce qui a pour conséquence de rendre nécessaire une plus grande durée de pénétration : aujourd’hui, des millions de français « souffrent » d’une soi-disant éjaculation prématurée, « maladie » totalement ignorée de leurs ancêtres. Et des millions de françaises se croient immatures et anormales parce qu’elles n’ont pas d’orgasme pendant la pénétration. Beau résultat dont peuvent être fiers celles et ceux qui ont lancé ces idées pour se faire valoir…


Conclusion


Les troubles organiques, puisqu'ils concernent le support matériel de la sexualité humaine, vont entraîner des perturbations qui peuvent toucher toutes les composantes de la sexualité. Les troubles psycho-affectifs vont affecter l'envie de sexualité, et donc l'existence de réalisations, leur qualité, leur nombre. Enfin, la société peut brider nos désirs et nos aspirations, troubler notre projet sexuel, nuire par ses tabous et ses idées reçues à notre épanouissement.

La dignité pour un être humain est de ne jamais renoncer à vouloir se créer, malgré des déficiences organiques éventuelles, malgré de possibles situations défavorables d'aprentissage ou des circonstances peu propices, malgré le poids de l'entourage et de la société en général.

Essentiellement libérée des contraintes du rut et des périodes de chaleurs, la sexualité humaine est fragile, et tout peut la troubler.

Il est dans la nature humaine de ne pas s'effondrer à cause des troubles, mais d'en jouer, de ne pas rester passif et résigné, mais de se battre et de surmonter les obstacles que la vie place sur le chemin.


Yves Ferroul

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