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Le sexologue


Un sexologue a pour objectif d’aider les personnes qui ont besoin d’une explication ou d’un conseil en sexualité, ainsi que celles qui rencontrent dans leur vie sexuelle personnelle ou de couple des difficultés de gravité variable, mais pouvant aller jusqu’à les rendre très malheureuses, les déstabiliser ou les détruire, détruire leurs conjoints, gâcher leur vie.

Le sexologue doit avoir une qualité essentielle et trois qualités professionnelles.


La qualité essentielle


            La qualité essentielle pour un sexologue est d’avoir le sens de la sexualité.

Trop de personnes interviennent dans le champ de la sexualité qui n’y connaissent rien, n’ont aucun goût ou aucune attirance pour cette activité, n’ont aucune expérience sérieuse d’une pratique dans la durée.

À entendre ou à lire certains commentaires sur la sexualité, on ne peut qu’être étonné : en effet, beaucoup de ceux qui donnent leur avis, et veulent imposer leur point de vue, affirment ne pas aimer ou ne pas pratiquer la sexualité de plaisir ! Dans aucun autre champ du plaisir on ne voit une telle absurdité, une émission de télévision, par exemple, présentant comme experts des personnes revendiquant leur incompétence dans le domaine abordé : une émission gastronomique ou littéraire, sur la pêche ou le rugby, offrira un plateau d’amateurs qui confronteront leurs goûts, préciseront ce qui leur plaît particulièrement, le type d’émotions ressenties. Les émissions sur la sexualité sont les seules où l’on donne la parole à égalité, pour parler du sujet, aux détracteurs du plaisir dont il est question : comme si, dans une émission sur le football, la moitié des intervenants disaient n’avoir jamais joué à ce jeu, et préférer le volley-ball ; trouvaient ridicule de donner des coups de pieds dans un ballon, estimaient même cette activité néfaste pour l’équilibre du corps puisqu’elle interdit l’usage des mains, pourtant parties essentielles du corps humain ; ou jugeaient qu’il y a mieux à faire dans la vie que de courir derrière un ballon si l’on désirait avoir une vie digne de son humanité ; d’ailleurs, ce n’est pas ainsi que l’on gagne son salut ou que l’on fait des enfants…

Un sexologue doit aimer la sexualité d’abord et avant tout.

Et il doit en posséder une connaissance intime, d’une durée suffisante pour avoir été confronté à certains problèmes inhérents à cette activité, ceux venant de la routine et du renouvellement.

Alors il pourra comprendre ce dont lui parleront ses patients, et sera en mesure de répondre à leurs demandes.

Le sexologue doit-il pour autant avoir tout testé, tout vécu ?

Non, bien évidemment, et déjà pour la simple raison que les choix sexuels sont souvent contradictoires et exclusifs : par exemple, vivre la multiplicité des partenaires ne peut pas se faire en même temps que vivre le couple unique, et inversement. De même, être une femme ne permet pas de vivre la sexualité d’un homme, et réciproquement. Mais un bon entraîneur de football n’a pas été obligatoirement le meilleur joueur, et n’a pas tenu tous les postes sur le terrain. Cependant, il doit posséder une certaine sensibilité à ce jeu, et une expérience assez riche, qui lui permettront de comprendre le jeu de chacun, et, parce qu’il a le sens de ce jeu, d’aider chacun à y jouer au mieux. Et de même que les qualités d’entraîneur ne sont pas celles de joueur, que l’on a une formation spéciale quand on veut passer d’un statut à l’autre, de même être sexologue suppose aussi une formation spéciale.

Trop d’individus se déclarent sexologues qui n’ont comme bagage que leur pratique sexuelle, obligatoirement partielle et limitée, et notoirement insuffisante pour s’occuper de la sexualité d’autrui. Quand on connaît la difficulté de la démarche pour consulter, tout amateurisme est vraiment déplacé.


Les trois qualités professionnelles sont :

  

  1. Étant donné les causes des troubles de la sexualité, le sexologue doit en premier penser aux problèmes médicaux et toujours garder en tête la possibilité de tels problèmes. Il est inadmissible de faire parler de sa petite enfance pendant des années, ou d’engager à des exercices de stimulation génitale, une femme qui a une absence de désir, sans avoir vérifié qu’elle n’a pas de trouble métabolique, par exemple.

Donc le sexologue médecin devra toujours se comporter en médecin et, par son interrogatoire, et éventuellement son examen, voire ses demandes d’analyses ou d’examens complémentaires par d’autres spécialistes, tenter de repérer les causes organiques, les maladies, les conséquences de traitement à l’origine éventuelle du trouble présenté.

Un sexologue non médecin, s’il est un psychologue diplômé, sait repérer les problèmes médicaux et orienter son patient. Mais les multiples thérapeutes qui, sans aucune formation adéquate, simplement parce qu’ils ont appris à utiliser une des nombreuses méthodes psychologiques en circulation sur le marché, se disent quand même sexologues et acceptent de prendre en charge des problèmes sexuels, n’offrent sur ce point aucune garantie à leurs patients.

Tout patient doit aussi être prudent devant un médecin ou un psychologue en titre qui lui proposerait d’emblée un type de thérapie, quel qu’il soit, sans avoir au préalable, par son interrogatoire et éventuellement aussi par son examen clinique, écarté le risque de causes organiques ou de maladies.

  1. Étant donné la variété des façons de jouer avec le plaisir sexuel, le sexologue ne doit pas imposer ses critères personnels à ses patients. Il doit au contraire avoir réfléchi aux multiples formes d’expression de la sexualité afin de prendre un recul suffisant par rapport aux idées reçues de la société ainsi que par rapport à ses propres goûts et dégoûts. Dans le cadre de la loi, qui définit les délits et les crimes sexuels, le sexologue se doit d’avoir un esprit ouvert, prêt à réfléchir à partir des données propres à celui qui le consulte, sans jugement a priori. Conscient que, dans ce domaine particulier de la sexualité, il est confronté avec tous les autres humains à une caractéristique essentielle de leur condition qui le dépasse et s’impose à tous, le sexologue se sentira en fraternelle communion avec ceux qui lui confient leur intimité : cet état d’esprit lui permettra de la respecter, de ne pas blesser, de ménager les pudeurs, de faire preuve de délicatesse.

C’est seulement ainsi qu’il pourra réellement se mettre à la place de son patient et lui permettre de trouver la solution la plus épanouissante pour lui, en fonction de sa personnalité et de sa situation sexuelle.

  1. Étant donné l’absence de comportements sexuels instinctifs et l’importance des apprentissages dans l’acquisition du comportement sexuel pour chacun d’entre nous, le sexologue aura le plus souvent un rôle pédagogique très important. Or un pédagogue doit se sentir en empathie avec ceux dont il prend en charge la formation, et aimer la matière qu’il enseigne. Il doit être convaincu de la possibilité d’évolution et de progrès des êtres humains, et connaître les techniques pédagogiques, celles qui donneront à un individu les moyens efficaces de changement. Il ne fera pas passer la méthode avant la personne, gardera toujours présent à l’esprit que les méthodes sont au service des personnes, et aura la préoccupation constante d’adapter sa pratique en fonction des résultats obtenus.

Il connaît bien sûr suffisamment son domaine pour pouvoir répondre à toute demande : expliquer les processus qui ont abouti à la problématique actuelle, et proposer des solutions pour tenter de la dénouer, voilà l’essentiel du travail du sexologue.

Par ailleurs, un bon pédagogue transmet son goût pour la matière enseignée et vise l’épanouissement du disciple, sa liberté, en lui fournissant les moyens de cette liberté. Il ne pratique pas un dressage par la peur : tout être humain réfléchi a un minimum d’appréhension devant les inconnues de l’aventure sexuelle, et le sexologue n’est pas là pour en rajouter. Que dirait-on de l’éducateur qui profiterait de la peur du noir chez un enfant pour l’effrayer encore plus en parlant des sorcières qui adorent l’obscurité, des fantômes qui s’y épanouissent, des ogres qui s’y tapissent, pour faire se perdre dans les bois les petits enfants terrorisés, et les dévorer tranquillement ? Le bon éducateur, lui, guide l’enfant dans le noir de la pièce ou du jardin, et lui explique la cause de toutes les ombres qui l’inquiètent ou le terrifient, de tous les bruits paralysants ; il lui fait même de plus découvrir ce que seule l’obscurité permet de percevoir.

Au lieu de le laisser prisonnier de son réflexe premier de peur, il lui apprend à être libre de choisir son comportement et d’explorer ou non, et à sa guise, un nouveau monde de sensations.


Aimant la sexualité, ouvert à l’immense variété des jeux sexuels, bon connaisseur des éléments qu’ils mettent en jeu et prêt à aider ceux qui sont intéressés, le sexologue sera armé pour répondre aux interrogations de ses patients.


Yves Ferroul

  

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