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HOMOSEXUALITÉ : HISTOIRE 1


L’ANTIQUITÉ GRECQUE ET ROMAINE





Le terme d’homosexuel est très récent (fin du XIXé siècle), et l’habitude que nous avons prise de l’employer nous fait trouver « naturelle » la distinction des personnes en deux groupes différents : celles qui ont des rapports avec des personnes du même sexe qu’elles, et celles qui les ont avec des personnes de l’autre sexe.
Mais cette distinction est inconnue de l’Antiquité où les individus sont spontanément bisexuels, avec plus ou moins des préférences individuelles, et se différencient sur d’autres critères. Comment, avec notre grille de référence, qualifier un Alexandre le Grand qui a eu comme compagne des centaines de femmes, et seulement deux hommes, mais qui a été amoureux passionné, et longtemps, uniquement d’un de ces deux hommes ?


Chez les Grecs existe une homosexualité de type pédérastique, où un amant adulte aime un enfant de naissance libre encore impubère : il s’agit d’un rite social de passage, où l’enfant élevé par les femmes s’émancipe pour devenir un homme. Une fois pubère, l’adolescent ne peut plus poursuivre cette relation.

 Mais les Grecs connaissaient aussi l’homosexualité entre adultes et la considéraient assez favorablement car plusieurs tyrans furent tués, et la démocratie installée dans plusieurs villes, par des amants homosexuels jaloux : les homosexuels ont donc eu une réputation de courage et d’amour de la liberté. Ils font d’ailleurs partie des meilleurs guerriers, et le célèbre bataillon sacré de Thèbes, par exemple, composé uniquement de couples d’hommes amants, se couvre de gloire pendant plus de 30 ans : il fallut toutes les armées d’Alexandre pour en venir à bout ! De façon générale pour les Grecs, « celui qui aime la beauté humaine sera favorablement et équitablement disposé envers les deux sexes, au lieu de supposer que les hommes et les femmes différent sous le rapport de l’amour comme sous celui du vêtement » (Plutarque).


Les Romains sont bisexuels sans état d’âme. Leur règle de comportement moral et social, très contraignante, est qu’un homme libre doit être « actif », c’est-à-dire être celui qui pénètre : la passivité chez un citoyen libre est infamante, fait perdre tout honneur à celui qui s’est fait pénétrer. En conséquence, on ne peut pénétrer en dehors de sa femme aucune femme libre, célibataire ou mariée, et aucun homme libre : si deux hommes libres ont des rapports, le passif est sévèrement puni (en théorie). Si un adulte a des rapports avec un jeune citoyen non pubère, il sera puni (et là l’indulgence est rare). Restent à la libre disposition des maîtres tous les esclaves et tous ceux qui ne sont pas Romains, hommes et femmes, enfants, adolescents ou adultes. Ce que résume le philosophe Sénèque : « la passivité sexuelle chez un homme libre est un crime, chez un esclave, une obligation, chez l’affranchi, un service ».

Ainsi Cicéron, qui a dirigé un moment l’Empire, a une femme (et un fils), mais aime bien mieux les charmes de son jeune esclave-secrétaire favori !


Ces exemples grecs et romains prouvent que dans d’autres sociétés les rapports homosexuels ont été beaucoup plus fréquents que dans la nôtre. Ce qui veut dire qu’il y a une part de conditionnement social qui fait trouver à la majorité des français actuels certains types de plaisir sexuel peu désirables (les rapports homosexuels), et qui en survalorise d’autres (l’hétérosexualité). Ce n’est pas la « réalité » ou le caractère « naturel » du plaisir qui est en jeu, mais les habitudes d’une société. C’est la société dans laquelle ils vivent qui fait que, dans le domaine du plaisir sportif, les Français préfèrent le football, les Américains le base-ball, tel autre peuple le rugby, le tennis, le cricket, le vélo, le judo ou le ping-pong : de la même manière, pour le plaisir sexuel, les Français d’aujourd’hui préfèrent majoritairement l’hétérosexualité, mais il n’en a pas toujours été ainsi.

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