Orgasme et coït
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Plaisir et orgasme féminins
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SEXUALITÉ MASCULINE


Shere Hite, Le rapport Hite sur les Hommes, Robert Laffont, 1983



Les orgasmes de l'homme pendant le coït


Examinons certains des stéréotypes que nous appliquons à l'orgasme des hommes pendant le coït, à ce que les hommes « doivent » aimer, pour voir s'ils sont, de fait, typiques ou non.




Le va-et-vient est-il important pour l’orgasme de l’homme ?


La définition traditionnelle du coït implique que l’homme soit au-dessus, qu’il s’enfonce rythmiquement dans le vagin de sa partenaire jusqu’à ce qu’il ait un orgasme. Mais il n’est pas indispensable que ce va-et-vient soit l’activité principale pendant le coït, même s’il fait partie de ce qui donne du plaisir. En fait, le mouvement de va-et-vient n’est pas tant « instinctif », comme on l’a souvent prétendu, qu’il n’est physiquement nécessaire à de nombreux hommes pour retrouver la stimulation rythmique que le mouvement de va-et-vient de la main procure pendant la masturbation ; en d’autres termes, étant donné que, lors de la masturbation, il n’y a pas, ou très peu, de mouvement de va-et-vient du pénis, la plupart du temps, il est inexact de dire que la « pulsion sexuelle » virile où les « hormones » masculines poussent les hommes à « chevaucher leurs partenaires et s’enfoncer rythmiquement en elle. »


En fait, parmi les femmes minoritaires qui parviennent à l’orgasme par le coït, il y en a beaucoup, la plupart, qui préfèrent qu’il n’y ait pas de mouvement de va-et-vient pendant qu’elles essaient d’avoir un orgasme, qui préfèrent se presser contre le corps de leurs partenaires – tout en ayant son pénis dans leur vagin – pour que leur clitoris soit stimulé continuellement, ce qui leur est nécessaire.


La plupart des hommes qui parlent de l’orgasme disent que le va-et-vient est indispensable pour l’orgasme de l’homme :


« Pour ce qu’il en est des mouvements de va-et-vient dans le vagin, c’est la seule façon de jouir ! Sauf, bien sûr, si la femme est au-dessus et si l’on reste complètement passif. Il faut qu’il y ait mouvements dupes émises dans le vagin ou devrais-je dire en liaison avec le vagin. Autrement ce n’est pas le coït ! »


Mais quelques-uns disent que le mouvement de va-et-vient n’est pas nécessaire :


«J’avais toujours l’impression que si je voulais être bon à quelque chose pour ma partenaire, il fallait que je passe une demi-heure à aller et venir en elle comme un fou. Si j’étais arrivé à le faire pendant deux heures sans m’arrêter, c’aurait été mieux. Mon but, c’était d’être un étalon infatigable. Il y a eu des fois où j’ai eu l’impression que je pourrais continuer ce va-et-vient toute la nuit. Mais je n’aimais pas cela. Je me sentais seul, je n’aimais pas faire cela. L’un de mes plus fabuleux orgasmes s’est produit au bout de seulement neuf secondes de va-et-vient. Et même, ce n’était pas un véritable va-et-vient, c’était plutôt comme si j’appuyais dans son vagin. C’est arrivé après une longue séance de baisers et de caresses. À un certain moment, il m’a semblé tout naturel que mon pénis soit en elle. Ce qui comptait, c’était seulement d’être en elle. Je pense qu’on se met à aller et venir uniquement quand on ne sait pas quoi faire d’autre, car les moments intenses de communication, ces moments très particuliers, font partie du passé, se sont noyées dans l’oubli. »


Quelques-uns croient que le va-et-vient est le meilleur moyen, le plus efficace, d’amener sa partenaire à l’orgasme :


« J’ai l’impression que je lui stimule le clitoris. »

« Pour la plupart des femmes, c’est le meilleur moyen d’avoir un orgasme. »


D’autres le décrivent comme une activité « très virile » :


« C’est fantastique. Là, c’est moi qui commande. »


Quelques-uns affirment qu’ils préfèrent la douceur ou les rotations lentes au mouvement de va-et-vient :


« La sensation de domination qu’apporte le fait de s’enfoncer avec force, et même avec violence (« Prends ça ! »), me submerge, parfois. Mais je préfère plus fréquemment une caresse tendre et profonde, et des mouvements doux. »

« Je n’ai jamais aimé le va-et-vient. Je me sens bien mieux quand je suis tout simplement en elle, bien au chaud, et que je ne m’agite pas avant d’en ressentir le besoin. Lorsque je pouvais simplement m’enfoncer en elle et rester là pendant que montaient en moi mes émotions, le coït me plaisait bien davantage que lorsqu’il me fallait besogner ; dans ce dernier cas, l’expérience ne m’apportait rien. »

« Je n’aime pas jouer au marteau-piqueur ; je préfère les mouvements lents, comme dans un rêve. »


Mais un homme conclut :


« D’abord, j’étais prudent et j’hésitais parce que je pensais que cela devait faire mal. Ensuite, j’ai appris qu’un grand nombre de femmes semble aimer qu’on les « baise ». Aiment que ce soit moi le patron et que je les « prenne ». Alors aujourd’hui, presque chaque fois que je fais l’amour, un certain moment j’adopte ce rôle, je me laisse emporter par l’impression de dominer, je vais et je viens avec puissance (et non pas avec force) et je me concentre vraiment sur ce que je fais. Cette attitude semble être compatible avec un contexte d’amour et de compassion. Pourtant, l’idée elle-même va à l’encontre de tout ce que je pense de la nécessité de se libérer des rôles sexuels, mais je ne crois pas qu’il s’agisse seulement de l’application d’un de mes fantasmes. En fait, plus on fait l’amour de façon égalitaire, en paroles aussi bien qu’en actions, plus il est facile de tomber dans ce genre d’attitude dominatrice. Je pense que c’est parce que ces rôles sont profondément ancrés en nous, de par notre culture ; plus ce va-et-vient apparaît au cours des rapports, plus il est facile de jouer ces rôles et d’y prendre plaisir sans s’y sentir enfermé et sans perdre la confiance qu’on a en l’autre. »


Ce n’est pas le va-et-vient lui-même qui est sexiste, mais l’usage qu’en ont fait certains hommes, en ce sens qu’ils l’ont placé dans un contexte tel qu’il devenait la preuve de leur virilité et que leurs partenaires devaient automatiquement et dans tous les cas avoir un orgasme grâce à lui. Quand le va-et-vient est une étape appréciée par les deux partenaires, quand, pendant un moment, la femme est vraiment libre de contrôler le déroulement du coït d’avoir le genre de mouvement, etc., qu’elle désire, le fait que l’homme s’enfonce rythmiquement dans le vagin de la femme n’est évidemment pas sexiste. Ce va-et-vient n’est en soi ni « bien », ni « mal » ; mais, comme le coït lui-même, le va-et-vient fait partie des clichés sur la sexualité que l’on a glorifiés.




Chapitre III, pages 425-427.

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