Questions à propos de l'éjaculation
Anecdotes historiques sur l'éjaculation
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Éjaculation




L’éjaculation est l’émission du sperme par la verge.

Elle peut être provoquée volontairement d’une infinité de façons, notamment :

 Elle est involontaire quand elle survient automatiquement


L’éjaculation au moment de la pénétration vaginale est un des rares comportements réflexes qu’il reste aux humains. Par exemple, un petit de gazelle africaine sait marcher et courir quelques minutes après sa naissance, ce qui assure sa survie, alors que le petit humain mettra une bonne année d’apprentissage avant d’y parvenir. Ou bien, un petit singe sait s’agripper à la toison maternelle dès sa naissance, ce qui lui permet d’être transporté alors que sa mère a besoin de ses quatre membres pour évoluer dans les arbres : le bébé humain, lui, n’a plus qu’une trace de ce réflexe d’agrippement, qu’il perd en quelques heures parce qu’il n’en a plus besoin. L’évolution des êtres vivants vers l’apparition de l’espèce humaine s’accompagne de la perte de la quasi-totalité des réflexes comportementaux.

Tous les comportements humains sont ainsi devenus culturels, s’acquièrent par l’éducation, et donc présentent des caractéristiques qui varient selon les cultures où ils sont appris. Tous sauf deux : le premier, nécessaire à la survie individuelle, est le réflexe de succion qui permet aux nouveau-nés de s’allaiter ; le deuxième, nécessaire à la survie de l’espèce, est le réflexe d’éjaculation qui permet à un nombre suffisant de mâles de féconder les femmes alors que plus aucune contrainte biologique ne leur impose d’avoir des rapports sexuels. En effet, ayant perdu la dépendance aux périodes de chaleur et de rut, et n’ayant des rapports que pour le plaisir, les humains ne se seraient pas reproduits en nombre suffisant depuis des millénaires si l’éjaculation ne se faisait pas toute seule, entraînant des grossesses dans des situations où la reproduction n’était pas le but recherché par l’homme ou la femme. L’état de fait contemporain en est une preuve : dans les sociétés qui maîtrisent la contraception (donc qui annihilent l’effet reproducteur de l’éjaculation automatique), aucune n’assure le renouvellement des générations (même si la société française s’en rapproche, grâce à des interventions sociales efficaces).

Une évidence s’impose : si notre espèce a survécu, et si nous sommes aussi nombreux sur terre aujourd’hui, nous le devons à la pérennisation du réflexe d’éjaculation.


Par ailleurs, ce réflexe provoque habituellement l’éjaculation au bout d’un temps de l’ordre de vingt secondes de va-et-vient de la verge dans le vagin. Pour avoir des éléments de comparaison, les chimpanzés éjaculent en dix secondes, le lion en quelques dizaines de secondes (mais il recommencera cinquante fois dans la journée), le lapin instantanément, le taureau pratiquement dès la pénétration, comme tous les ruminants…


Le réflexe d’éjaculation et sa rapidité sont donc une caractéristique commune à l’ensemble des mammifères : on sait que l’accouplement est un moment dangereux de leur vie, car les prédateurs ou les mâles rivaux peuvent en profiter pour les attaquer. De fait, seuls mettent longtemps avant d’éjaculer les mammifères qui ne risquent rien : baleine, tigre, gorille… Par exemple, le rhinocéros doit bien s’imposer à ses rivaux d’abord, mais les vaincus s’enfuient au loin, et, quand il s’accouple, il ne court plus aucun risque : aucune gazelle ne va l’agresser, et les panthères ont depuis longtemps compris que son cuir était trop dur pour elles. Il peut donc prendre tout son temps.

Hormis ces cas, les mâles éjaculent très vite afin de pouvoir se libérer rapidement et de reprendre leur vigilance face à toute agression.


Dans ces conditions, les troubles de l’éjaculation ne pourraient être que la lenteur et l’absence d’éjaculation, et concerneraient la reproduction et non la sexualité de plaisir.

Mais dans l’espèce humaine, pour la sexualité de plaisir, c’est au contraire cette rapidité de l’éjaculation qui devient une source de problèmes : notamment, elle peut frustrer car elle ne donne pas le temps à l’homme comme à ses partenaires de jouer avec leur excitation et leur plaisir. Une tablette babylonienne du deuxième ou du troisième millénaire avant notre ère témoigne de l’ancienneté de cette frustration, quand une jeune femme a offert un ex-voto à la déesse lui demandant d’intervenir pour que son amant dure plus longtemps et lui permette de jouir.


Cependant, culturellement, les sociétés ne se sont pas focalisées sur la maîtrise de l’éjaculation car elles étaient plutôt obnubilées par les preuves de virilité et de pouvoir fécondant des mâles : or celles-ci leur semblaient liées à la capacité d’entrer rapidement en érection et d’éjaculer vite, ce qui rendait évidentes les preuves, alors qu’un homme qui aurait mis longtemps avant d’éjaculer n’aurait pas été aussi convaincant. Les ethnologues rapportent d’ailleurs des concours de rapidité d’éjaculation entre mâles du village ou de la tribu pour désigner le plus viril, jamais des concours de lenteur

Seul sans doute le groupe de chefs de famille suffisamment riches pour entretenir plusieurs femmes dans la société chinoise depuis le Moyen Âge a travaillé culturellement la maîtrise de l’éjaculation : la loi obligeant à satisfaire sexuellement toutes les épouses selon une fréquence hebdomadaire, les hommes de cette classe sociale ont imaginé des pratiques nouvelles pour suspendre l'éjaculation afin d’obtenir la multiplicité des rapports nécessaires.

Sinon, il faut attendre la seconde moitié du XXe siècle pour voir se généraliser à toute la société ce qui n’était auparavant que quête individuelle et facultative. Sous l’effet convergent des revendications féministes (le droit à l’orgasme vaginal) et de l’arrivée des sexologues sur le marché des soins, la jouissance féminine pendant la pénétration vaginale est devenue le critère de normalité du rapport sexuel, avec toutes les conséquences que l’on sait :


Conclusion

Il ne faut pas confondre, quand on parle de l’éjaculation masculine, ce qui relève d’une culture particulière, des exigences et des imaginaires d’une société donnée, d’une part, et, d’autre part, ce qui relève de la nature humaine.

L’éjaculation dans l’espèce humaine est un réflexe génétique caractérisée par sa rapidité. Tandis que l’apprentissage de sa maîtrise, lui, est culturel : il n’est pas spontané, mais étroitement dépendant pour toutes ses modalités de la société dans laquelle on vit.

Cependant cet apprentissage reste a priori toujours possible.


Yves Ferroul

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