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Corps, apparence et sexualité

Introduction

Aujourd'hui, nous sommes persuadés que notre époque se caractérise par le fait :

-      d'être obsédée par la jeunesse,

-      de refuser le vieillissement.

Ces deux traits expliqueraient l'importance jugée excessive que nous accordons à tous les procédés de rajeunissement, des produits de beauté au DHEA ou à la chirurgie esthétique.

Or, l'Histoire montre que ces mêmes obsessions se retrouvent à toutes les époques : exemple du mythe de la Fontaine de Jouvence.

La sexualité humaine : l'importance de l'apparence

Alors que les mammifères sont largement indifférents à leurs congénères en temps habituel, et ne s'intéressent à eux sexuellement que lors des brutales variations hormonales des périodes de rut ou de chaleurs, les humains ont acquis la possibilité de rapports à tout moment, donc sont beaucoup moins conditionnés par leurs hormones. Ils doivent nécessairement compenser ce déficit par des techniques de séduction destinées à faire naître le désir de l'autre : agir sur le corps afin de le rendre plus désirable est caractéristique de l'humanisation.

Amour Courtois

Au XIIè s., se définit un nouveau code de courtisement.

      - Désirer une femme et lui faire la cour devient un but noble de la vie.

      - Mais comment désirer et se faire désirer ?

      - Quelles sont les caractéristiques du corps désirable ? Ce sont toujours les mêmes :



La jeunesse :

      - c'est une jeune fille qui introduit le héros dans le jardin du Roman de la Rose, où les danseurs sont de tout jeunes gens ; la cadette, de 12 ans, danse tout en embrassant son ami, qui a son âge. Les " vieux " sont rejetés à l'extérieur.
      - tous les héros romanesques tombent amoureux lors de leur service comme pages, donc fort jeunes.
La " beauté ", dont la caractéristique principale est d'être liée à la jeunesse…

            " Ils s'aimaient bien l'un l'autre, parce qu'il était beau et qu'elle était belle ".

L'androgynie :

      - les héros et les héroïnes sont décrits avec les mêmes termes.

      - le David de Michel Ange est " une figure à la fois masculine et féminine, unissant les séductions des deux sexes ".

      - Ronsard est plus ému quand " on ne sait d'une jouvencelle si elle est fille ou garçon… "

      - Montaigne évoque avec émotion " la fleur d'une tendre jeunesse ", la beauté bouleversante des jeunes gens à la beauté féminine, " puérile et imberbe ".



A contrario, la vieillesse (et la laideur) sont des causes impératives d'exclusion du jeu de l'amour…


      - Le chaperon de la Rose est une femme qui a renoncé aux amours quand on s'est mis à la traiter de " vieille " : " Même celui qui jadis m'aimait le plus me traitait tout haut de vieille ridée ! Plus personne ne m'estimait… "
      - Dans une chanson, un troubadour raconte les malheurs d'une dame qui a trop attendu avant d'accorder son amour… Le soupirant lui reproche d'avoir vieilli, et décline son offre !

À la Renaissance :

      - Ronsard : " Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie… "

      " Quand vous serez bien vieille, le soir, à la chandelle… "

      - " Il avait si peu de beauté qu'aucune femme ne l'aurait choisi pour son plaisir. Tous, à la cour, disaient qu'il n'était pas assez beau pour être ami ".

Donc, Ovide n'a pas fait d'émules… lui qui avait donné un fort bel " éloge des femmes mûres " (titre d'un remarquable roman contemporain de Stephen Vizinczey, éditions du Rocher).

" Ces avantages (savoir se donner et savoir jouir), la nature ne les a pas accordés à la première jeunesse. Ils ne se rencontrent que tout de suite après sept lustres révolus. Que les gens pressés boivent du vin nouveau ; pour moi, qu'une amphore remplie sous les consuls d'il y a longtemps me verse un vin fait par nos aïeux… " (Art d'aimer, livre II).
Et il faut attendre le duc de Saint-Simon pour voir souligner le risque que l'on court à se fier aux apparences, avec l'anecdote de la femme laide et délaissée pour cette raison, qui fait une chute dans un escalier de Versailles, dénudant des beautés qui décident sur le champ un seigneur spectateur à la demander en mariage… " Sous le jupon de la pauvre Hélène… moi j'ai trouvé des jambes de reine, et je les ai gardées " (Georges Brassens).

Pour combler le déficit de jeunesse ou de beauté, les humains vont recourir à deux types de comportements :


1-      Mettre en valeur le corps

      - Fard : chez les Grecs et les Romains, on trouve de multiples drogues et pommades pour le teint, contre les rides, pour effacer les cicatrices. Les fards privilégient le blanc (illusion d'un visage pur, sans tache, ni cicatrice, ni couperose…) et le rouge (signe de bonne santé). Les lèvres sont colorées de rouge, les yeux noircis. Les épilatoires sont aussi utilisés par les hommes.

      - Coiffure : de tout temps on a utilisé les drogues contre la chute des cheveux, pour teindre en blond ou en noir, pour faire friser… Les coiffes vont constamment varier, des bonnets ou des fichus discrets aux imposants hennins médiévaux. Les cheveux seront travaillés, tressés, en chignons, libres, tressés de perles (mode introduite à la cour de France par l'italienne Catherine de Médicis au XVIè s.). Les perruques apparaissent au XVIè s., et deviennent de plus en plus volumineuses, jusqu'à la monstruosité qui nécessite d'ingénieux échafaudages.

      - Chaussures : façonnant le pied selon la mode (petit à l'étroit, prolongé par un pointu qui l'effile…), ou rehaussant la taille par l'addition de talons hauts. Ces talons obligent le corps à se cambrer, changeant l'allure et la démarche. Sous Louis XVI, les talons seront tellement hauts qu'ils déséquilibrent le corps et que les coquettes devront s'aider d'une longue canne pour marcher.

      - Habits : comme les perruques et les hennins, ils peuvent piéger le regard tout en le détournant du corps. Mais ils servent surtout à attirer l'attention sur le corps : " Son bliaut était lacé du haut jusqu'en bas, mais de façon lâche, si bien que sa chair nue apparaissait dans les intervalles, des épaules jusqu'à la taille. " (diapositives mettant en parallèle des descriptions de vêtements féminins portés par les héroïnes des romans du XIIè s. et les habits des mannequins des défilés de mode actuels). Le jeu avec le décolleté est par ailleurs bien connu.

Le costume masculin n'est pas en reste : cf. la braguette du XVIè s. et le rembourrage abdominal.

      - Position amoureuse : on ne trouve que chez Ovide des conseils d'utiliser la présentation du corps pour en gommer les défauts.

 " Au lit, que chaque femme choisisse telle ou telle attitude d'après son physique ; la même posture ne convient pas à toutes. La femme dont la figure est particulièrement jolie s'étendra sur le dos. Mais c'est le dos que devront montrer celles qui sont satisfaites de leur dos. Si tu as des rides sur le ventre, fais aussi comme le Parthe qui combat en tournant le dos. La femme petite prendra la posture du cavalier : mais jamais Andromaque, qui était fort grande, ne se mit sur son mari comme sur un cheval… " (Ovide : Art d'aimer, livre III)

2-      Modifier le corps

Quand gommer les défauts ou les imperfections, aussi bien que mettre en valeur les qualités, ne suffit pas, il reste à modifier le corps.

      - La chirurgie de réparation est connue dès la plus haute Antiquité, mais elle restera jusqu'au XIXè s. limitée aux accidents ou aux malformations congénitales, sauf dans de très rares cas. Les Égyptiens pratiquent des rhinoplasties déjà vers 3000 avant notre ère, les Hébreux connaissent les lipectomies. Les Romains maîtrisent la correction esthétique des paupières au Ier s. avant notre ère. À cette époque, ils opèrent aussi les becs de lièvre (Celse), et les techniques de Galien pour cette intervention sont devenues très proches des techniques modernes (IIè s.). Le cas des nouveaux-nés est particulier : alors qu'ils sont tués à la naissance s'ils présentent une infirmité, certains médecins du début de notre ère commencent à se réclamer de leur capacité à intervenir pour demander qu'on les laisse vivre (polydactylie, pied-bot). Jusqu'à la fin du Moyen Âge des médecins seront opposés aux interventions chirurgicales sur les nouveaux-nés, mais un Mondeville, par exemple, sera fier d'être venu au secours dès leur naissance d'enfants présentant des malformations urogénitales (XIIIè s.). En Inde, au début de notre ère, la condamnation des adultères à avoir le nez tranché aura comme effet le développement des plasties nasales, utilisant la peau de la joue, des roseaux dans les narines maintenant la respiration (les Romains utilisaient aussi la peau du front). En Italie, au XIVè s., cette chirurgie nasale renaît et connaît un très grand développement. (En 1950, les interventions sur le nez représenteront 50% des interventions de chirurgie esthétique). On considère l'année 1814 comme celle de la première chirurgie plastique moderne (à Chelsea, en G.-B.). La guerre de 1914 fait faire de grands progrès aux reconstitutions corporelles, et on commence à multiplier les interventions purement esthétiques (oreilles décollées, refaire le nez).

      - Adapter la nourriture afin de modeler son corps en fonction des " modes ". Rousseau lancera celle des produits hygiéniques de la vie champêtre. Au XIXè s. : " Il faut la voir à table, cette Mijaurée, qui effleure les mets, qui n'en mange point parce que c'est trop bourgeois… " " Les Parisiennes sont au désespoir quand elles commencent à grossir et elles boivent du vinaigre pour se conserver la taille ".

      - D'autres préfèrent utiliser le vêtement pour comprimer le corps et lui donner la silhouette voulue :
            - faire pigeonner la gorge : même si l'usage d'une bande de tissu pour tenir la poitrine remonte à l'Antiquité, c'est semble-t-il au XVè s. que les femmes prennent l'habitude de se servir d'une ceinture sous la poitrine afin de faire remonter les seins.

            - enserrer étroitement la taille. Le XVIè s. invente le corset : d'abord copie de l'armure, c'est une cage de fer à charnières ; puis l'inconfort amène à utiliser de l'acier flexible, puis, finalement, des baleines. Ce corset allonge et affine la taille : cf. les tableaux de l'époque. À la fin du siècle, même les hommes en portent, et pendant quelques décennies la mode sera même au ventre bombé obtenu par des rembourrages à l'avant du corset.

      - On peut évoquer aussi, dans ce travail de façonnage du corps afin qu'il ait une forme idéale, les pratiques fréquentes dans l'Antiquité de modelage du corps des bébés, notamment de la boîte crânienne, par des massages répétés.

Conclusion
Le travail sur les apparences est indispensable dans les sociétés humaines, il est une des caractéristiques les plus spécifiques de l'espèce.

Les formes qu'il prend, les solutions proposées aujourd'hui, peuvent être contestées : mais le problème de fond, lui, dépasse largement les horizons de notre société contemporaine.


Yves Ferroul, Metz, 2007

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